Chronique d’un confiné

Chronique d'un confiné

16 mars 2020. Retour de Polynésie

Au bout de deux jours d’un voyage plutôt fatigant, nous arrivons enfin à Lyon Saint Exupéry; la soirée nous apparaît plutôt fraîche à nous qui venons d’une région où l’été est éternel. Nous avons quitté Papeete le 14 mars au matin, il y a deux jours. Notre périple nous a d’abord amenés à Auckland, puis à Dubai avant de pouvoir rallier Lyon. La chance, ou le hasard peut-être, a voulu que nous puissions passer juste avant que les difficultés n’apparaissent : les autorités néozélandaises ont décrété la mise en quatorzaine de tous les passagers en provenance de Polynésie à peu près au moment où notre A380 décollait d’Auckland vers Dubai (plus de 17h de vol). Dubai, aéroport immense, où il faut un train pour aller d’un groupe de portes à un autre dans le même terminal, était pratiquement désert. Personne ou presque dans les boutiques de duty free ou dans les restaurants. Au bout de huit heures d’attente, notre vol Emirates à destination de Lyon est enfin parti. Sept heures et quelques plus tard, nous atterrissions donc à Lyon où nous attendait un ami des enfants d’Annie. Ce soir-là, pendant l’allocution d’Emmanuel Macron, nous roulions sur l’autoroute… Mon smartphone, d’un « ding » discret, m’a informé qu’Emirates suspendait tous ses vols vers la France. Ouf !

Mais soulagement de courte durée car les mesures de confinement annoncées par le président rafraîchissent un peu l’ambiance. Ce confinement, triste expérience à venir, constitue une perspective sombre et, à ce moment, je me mets à imaginer ce que pourrait être le « journal d’un confiné ». Ex-abrupto je décide d’en écrire un, le voici.

17 mars 2020, Confinement Jour 1, Epidémie de fièvre acheteuse.

Ce mardi débute sous des augures claires et ensoleillées. Pas le soleil auquel on était habitués là-bas à Tahiti, non ; mais quand même un soleil clair et sympa lorsque nous sortons faire quelques courses nécessaires, essentielles même, pour nous qui rentrons de cinq mois ou presque d’une longue villégiature. Dans les rues de Cavaillon, rien ne semble avoir fondamentalement changé ; des voitures et des piétons un peu partout. C’est normal puisque le confinement n’entrera en vigueur qu’à midi. Pour éviter la Grande Distribution dont les media nous disent qu’elle est prise d’assaut par des consommateurs frénétiques et affolés, nous avons choisi de nous réapprovisionner dans un magasin « Picard », en supputant que les surgelés devraient nous permettre de faire face pendant quelques jours, le temps que la « fièvre acheteuse » dont certains souffrent se calme un peu. Devant le magasin, situé à deux ou trois cents mètres de chez nous, une petite queue de clients s’est formée : cinq ou six personnes sont là, constituant une file indienne très distendue, distance de sécurité oblige… Chacun s’applique à rester loin du précédent tout en voulant éviter que le suivant ne lui passe devant, une espèce de danse des canards immobile et silencieuse. Sur la vitrine du magasin, une affichette manuscrite indique « Pas plus de huit personnes dans le magasin. Un sorti = un entré ». Pas de passe-droit pour les couples, aussi, lorsqu’Annie, notre tour venu, entre dans le magasin, j’attends qu’un autre client en sorte pour y pénétrer et la rejoindre. Les congélateurs sont loin d’être pleins, à vrai dire il n’y a plus grand-chose. Heureusement pour nous, il semble que le français moyen n’apprécie que peu le poisson. On en prend quelques sachets. Je voulais des baguettes pré-cuites mais il n’y en a plus… Tant pis, on se débrouillera sans pain. Nous sortons et, avant de rentrer à la maison, passons à la pharmacie pour du sérum physiologique ; après des heures passées dans des atmosphères climatisées, Annie souffre un peu des yeux. Là encore, une petite file de clients attend à l’extérieur. En passant devant le « Super U », on a vu une vraie, longue, file d’attente ; tant qu’on pourra éviter d’y aller, on le fera.

L’après-midi on ne bouge pas. Je sors la voiture du garage où elle sommeillait depuis notre départ, et je remets en service le vélo d’appartement en prévision des jours d’isolement qui viennent. À la télé, les infos nous débitent en boucle les mêmes nouvelles alarmistes, l’une contredisant l’autre sans que personne ne paraisse s’en apercevoir. C’est, tout simplement, à qui agonira le plus grand nombre d’énormités dans le temps le plus court. Lamentable…

18 mars 2020, Confinement Jour 2

Avec tous les gens qu’on a croisés pendant nos deux jours de voyage de retour, avec toutes les heures de vol à partager le même air conditionné avec plusieurs centaines de quidams qu’on imagine douteux, avec tout ce temps passé dans les duty free shops à rabrouer les vendeurs, est-ce qu’on n’aurait pas attrapé cette cochonnerie ? C’est sur cette interrogation que je me réveille ce matin.

Sur le « Alexa, bonjour ! » qu’Annie lui lance, la voix de l’I.A. contrôlée par Jeff Bezos depuis l’autre côté de l’océan nous annonce que, globalement, tout va mal mais que dans notre sympathique Provence, il va faire beau. Après deux ou trois cafés sans tartine et sans confiture, je sors dans le jardin (pas la place d’y faire un jogging mais il y a quelques plantes et arbustes qui font un peu partie de la famille) et là, c’est la bonne surprise de la journée : une greffe en écusson (je précise ça pour les spécialistes) qu’on avait faite, il y a deux ans, sur un agrume, et qui, sans mourir, restait verte mais sans plus ; eh bien pour une raison mystérieuse, elle a pris ! Une jolie branchette, un beau petit rameau vert, avec de délicates feuilles naissantes au bout, se dégage de façon très marquée du tronc de l’arbuste. Ça quand même, ça fait plaisir. Alors du coup je bois un autre café avant d’aller, muni de l’attestation idoine, au magasin Picard voir si, des fois, ils n’auraient pas été livrés. Avec Annie on a décidé que, pour minimiser les risques de contaminer des innocents au cas où, nous, on aurait été touchés, on sortirait à tour de rôle. Donc aujourd’hui c’est moi.

C’est vrai que la circulation est moins dense que d’habitude, mais ça ne semble pas si significatif que ça. Par contre, devant le magasin Picard (je leur enverrai ma facture pour la publicité que leur fais ici), pas de file d’attente. J’en suis à la fois surpris et enchanté, mais ça ne dure pas : s’il n’y a pas de queue c’est parce que le magasin est fermé, plus rien à vendre. Un panonceau, toujours manuscrit, promet un réapprovisionnement et une ré-ouverture pour demain 15 heures. Bon, tant pis, on va continuer sans pain…

À midi, c’est pâtes avec de l’huile d’olive. Pour fêter ça, je sors une bouteille de Chardonnay. On déjeune sur la terrasse, au soleil. Heureusement il reste du café mais pas beaucoup. L’après-midi je passe une commande sur internet pour refaire mon stock. En même temps, je demande à Jeff Bezos de me livrer des mouchoirs et du PQ. Il me promet, par Alexa interposée, de s’occuper de notre cas au plus tôt, mais c’est tout de suite qu’il débite mon compte.

Les infos, en figure de la bonne citoyenneté, vouent aux gémonies les mauvais français qui se prélassent sur la plage ou déambulent sur la promenade des anglais; comme si on risquait d’y contaminer des brexiters retardataires ! Intelligemment, à son habitude, Christian Estrosi (être aussi con et se prénommer Christian, ça devrait être interdit), promet à qui veut l’entendre d’instaurer un couvre-feu : il est bien connu que, si vous empêchez les gens de sortir la nuit, ils ne vont plus sur la promenade des anglais le jour…

Le soir, sur France Info, un journaliste inspiré débite, sur le ton d’une consternation de circonstance, les mêmes niaiseries que la veille : il y a plein de malades en France, mais regardez donc ce qui se passe en Italie !

19 mars 2020, Confinement Jour 3

Trois jours après notre retour, pas de symptôme évocateur. Ce matin Annie a fait des pancakes, sucrés parce que, de toutes manières, on n’a rien à tartiner dessus. De la matinée je ne fais rien, rien du tout : j’attends ma livraison de kawa. Pourvu qu’ils travaillent… Sinon plus de café. Et sans ça je vais avoir du mal à faire face au confinement. Régulièrement, Annie me demande si ça va. Ça ira quand j’aurai ma provision, ma dose assurée pour les jours qui viennent. À 11 h 15, on sonne. Enfin ! Pour cause de contagion, le livreur me tend, à bout de bras, un carton sans me demander de signature en échange, mais c’est pas grave, j’ai mon café !

Aujourd’hui c’est le tour d’Annie de sortir. Pendant qu’elle rédige son attestation, je me saisis d’un sécateur et sors dans le jardin. Je commence à couper, tailler, débroussailler et entasser les rebuts. Annie, de la terrasse, me fait signe qu’elle y va. Je mets le feu au tas de broussailles et de branches coupées, la fumée m’irrite immédiatement les bronches aussi je retourne à mes travaux de taille et de mise au propre des quelques massifs qui ont traversé l’hiver sans nous.

Le tas n’a pas encore fini de brûler qu’Annie est de retour : Picard est fermé, ouverture reportée à demain matin. Une nouvelle soirée sans pain se dessine. Heureusement, Annie fait des crêpes, sucrées…

Le soir, les infos diffusent, à l’envi, le fait que le confinement durera probablement plus que les quinze jours initialement évoqués par Macron. Comme si on ne le savait pas…

20 mars 2020, Confinement Jour 4

Au réveil, nous sommes en forme, rien qui puisse nous inquiéter. Petit déjeuner avec du café et des crêpes sucrées. Avant de partir faire les courses (aujourd’hui c’est mon tour), j’appelle mon frère Michel qui est dans un EHPAD dans le Var, au Luc. On dirait qu’il va bien. Après ça j’appelle ma mère ; elle est un peu perdue dans cette tourmente sociale et médiatique : elle se laisse parfois aller à croire tout et n’importe quoi, alors elle s’affole pour rien… ou ne s’inquiète pas des vrais problèmes.

Ensuite, presque rituellement, je m’habille pour sortir. Ça devient un moment important de la journée, cette petite sortie. J’arrive au magasin avant l’ouverture. Sur le court trajet je n’ai rencontré qu’une petite vieille qui promenait son chien. Est-ce qu’elle avait une attestation pour ça ? Sur la vitrine de l’établissement, rien n’indique qu’il n’ouvrira pas, alors j’attends. Un moment après, d’autres clients arrivent. Je suis le seul à ne pas avoir de masque. Ils se rangent, sagement, à distance aussi respectueuse que réglementaire, derrière moi. Lorsque le magasin est sur le point d’ouvrir, le responsable nous annonce, de loin, le visage emmitouflé derrière une écharpe saugrenue, que le nombre de clients présents en même temps dans le magasin ne devra pas excéder cinq personnes.

Cette fois, je trouve du pain et plein d’autres choses. C’est Byzance ! La caissière est isolée des clients par un mur de plexiglas érigé sur trois côtés : on dirait le pape dans son véhicule blindé.

En rentrant, sur le rond-point dit « rond-point du sida » à cause de l’étoile hérissée de pointes menaçantes qui trône en son centre, je croise une escouade de flics en gilet pare-balles. Je me demande si ça les protège du virus, car ils n’ont pas de masque, eux…

A midi, on fait presque bombance et, pour fêter ça, je vais à la cave chercher notre dernière bouteille de Chardonnay.

Le soir, j’ai le nez très pris et la gorge qui gratte désagréablement ; ça m’inquiète un peu mais je ne dis rien à Annie. J’ai entendu dire que la moitié des gens déclarent la maladie avant le cinquième jour. On est le 20 mars, c’est le printemps et ça fait quatre jours qu’on est rentrés…

21 mars 2020, Confinement Jour 5

J’ai passé une mauvaise nuit : problèmes respiratoires, j’ai dû prendre de la ventoline au milieu de la nuit, moi qui n’en prends qu’exceptionnellement… À quatre heures du matin je suis debout. Restes du jet-lag ou virus, allez savoir ! Annie aussi est levée. Est-ce que c’est moi qui l’ai réveillée ou est-elle inquiète elle aussi ? Je ne ressens pas de fièvre et n’ai mal nulle part, ça me rassure un peu, c’est surement ces foutues allergies…

Les infos affirment qu’en Italie on a dépassé les quatre mille morts. Dit comme ça, c’est énorme… À peu près autant que les accidents de la route en France. Mais chez nous on a, aussi, et par an, douze mille morts d’accidents domestiques et, en plus, vingt mille morts de maladies nosocomiales. Du coup, je m’interroge : ces quatre mille morts, c’est à mettre en rapport avec quoi ? Entendez-moi bien, il ne s’agit pas de dire que le coronavirus c’est de la gnognotte, non, juste de savoir de quoi il retourne vraiment… Combien y a t-il de malades du COVID-19 au total en Italie ? Réponse : pas de réponse.

Après le petit déjeuner, je passe un appel video à mon frère Michel : il a l’air en forme, il a repris du poids après son hospitalisation subite du mois de décembre, et il rit facilement. Toujours en video, j’appelle mon fils, juste pour voir mes petits enfants. Il est un peu tôt, je le réveille…

Comme j’ai toujours la gorge qui gratte, j’augmente ma dose de cortisone mais ça ne donne rien.

Aujourd’hui c’est le tour d’Annie de sortir. Cet après-midi elle ira chercher du Rhinallergy ; elle en a besoin elle aussi.

Finalement c’est moi qui vais à la pharmacie ; Annie a préféré rester à la maison. Ou alors elle a fait ça pour me laisser le plaisir de cette petite sortie.

Sur le chemin, à l’aller comme au retour, je ne rencontre ni ne croise personne. La pharmacie, elle aussi, est déserte. Seules deux jeunes pharmaciennes masquées sont là, mais une affiche à l’entrée exhorte quand même les clients à ne pénétrer que l’un après l’autre dans l’officine. Je prends bien garde à rester le plus loin possible de la jeune fille qui me sert, au cas où les allergies ne seraient pour rien dans les troubles que je ressens.

Au fil de l’après-midi, au fur et à mesure des pastilles sucées, ça commence à aller mieux. Oufff…

Pendant ces heures oisives, j’interroge mon ami google sur les chiffres et les statistiques liés à l’épidémie. Combien y a t-il de gens infectés en France ? On ne sait pas. Mais, quand même, les spécialistes s’accordent à dire que, par rapport au nombre de cas identifiés dans les hôpitaux, le total des contaminés devrait être compris entre dix et quarante fois ce nombre. Ça ferait donc une population totale de malades variable entre cent cinquante et six cents mille personnes. Là dessus on a, à date, un peu plus de cinq cents morts, ça donne, à la louche un taux de mortalité compris entre 0,9 et 3 pour mille. Un score très voisin de celui de la grippe saisonnière… Tout ça pour ça ?

22 mars 2020, Confinement Jour 6

Après une bonne nuit de sommeil, ça va mieux ; mais j’ai encore le nez qui coule et souvent des accès d’éternuements irrépressibles. Dans le garage j’ai retrouvé un vieux reste de lot de masques chirurgicaux. J’essaie d’en porter un, pour voir si ça arrête les pollens, et, très vite, je respire plus librement. Je garde donc le masque sur le nez ; je ne l’enlève que pour passer mon appel video quotidien à mon frère. S’agirait de pas l’affoler, il n’a pas besoin de ça !

Ce matin au petit déjeuner, Annie m’a tancé au prétexte que je me suis trompé de petite cuillère pour la confiture. Par mégarde j’avais utilisé celle de mon café. Après elle n’a plus voulu de ce pot de confiture et elle est allée en chercher un neuf.

Aujourd’hui c’est elle qui sort. Au retour, il faut désinfecter au vinaigre tous les emballages. Après, désinfecter ses chaussures et aussi la porte d’entrée.

À midi, poisson pané, champignons et riz ; c’est presque gastronomique… mais on n’a plus de Chardonnay.

Annie commence à évoquer le fait de continuer à faire des stocks de nourriture et de produits d’hygiène, même après le confinement : « des virus, il y en aura d’autres ! ». Elle me dit que, même après la crise que nous vivons, il faudra peut-être éviter de serrer la main de nos relations ou d’embrasser nos amis et nos proches…

23 mars 2020, Confinement Jour 7

La nuit dernière j’ai essayé de garder le masque sur le visage pour minimiser l’exposition de mes voies ORL aux pollens et poussières. Et ce matin ça va un peu mieux. Annie décide qu’aujourd’hui on va faire un grand ménage. C’est vrai qu’après cinq mois d’abandon, la maison a accumulé de la poussière un peu partout. Donc, dès le matin, on s’y met : lingettes-plumeaux, aspirateur, serpillière, toute la maison y passe avec des produits tels que vinaigre ou eau de Javel. En deux heures, c’est fait ; il ne nous restera, dans quelques jours, que les vitrages à nettoyer.

Appel de ma mère : elle est inquiète après une conversation avec mon fils Xavier qui lui a dit que le coronavirus tuait moins que la grippe. « Qu’est-ce qu’on nous raconte à la télé, si c’est vrai ? » Alors je lui explique, et ça me permet d’éclaircir mes propres idées, mes doutes sur la pertinence de ces mesures de confinement. Je lui explique donc, calmement : si le virus tue deux fois moins que la grippe mais qu’il est dix fois plus contagieux, le résultat c’est qu’on aura cinq fois plus de morts qu’avec la grippe !

Mais ce qui fait débat ce lundi c’est « chloroquine ou pas chloroquine ? ». Belle bataille d’ego entre chercheurs pendant que le quidam, lui, crève de peur et, parfois, crève tout court.

Dans les restes de toile d’un vieux spi, Annie a cousu deux masques textiles qui ont l’air de bien fonctionner contre les pollens. En plus on peut les laver ! Il nous restait quatre masques papier, elle les donne à notre voisine, caissière chez LIDL, qui bosse sans aucune protection. Hier, elle en avait déjà donné pas mal à une amie infirmière. C’est rare de trouver des personnes qui ont, autant qu’elle, envie et besoin d’aider les autres sans rien attendre en retour. C’est, à bien y réfléchir, une des nombreuses raisons qui font que je l’aime.

Le soir, aux infos, on annonce, sur un ton de catastrophe, le décès de trois médecins, les premiers depuis le début de l’épidémie. Trois sur six cent soixante douze décès en hôpitaux, moi, ça me semble correspondre à peu près au profil de la population.

24 mars, Confinement Jour 8

Aujourd’hui, Manu Dibango est mort… Albert Uderzo aussi. Celui-là des suites d’une infection au COVID-19, celui-ci non. Mais au final, ça ne change rien : deux monstres sacrés ont disparu. Est-ce que, quelque part dans je ne sais quelles limbes, Obelix est entrain de se trémousser au son de « Soul Makossa »?

Aujourd’hui, comme hier, on ne sortira pas, ni l’un ni l’autre. Pas de besoin impératif = pas de sortie. Il va falloir trouver des occupations plus intellectuelles que physiques. Ma seule sortie du jour, c’est pour aller à la boîte aux lettres : les recharges de mon stylo sont arrivées, sauvé…

Aux infos, le débat sur la chloroquine dispute le devant de la scène aux nombreux morts du jour. Mais du Professeur Raoult, pas d’intervention… Il laisse parler les autres. Serait-ce parce qu’il a d’autres chats à fouetter ?

Vingt morts dans un EHPAD de l’Est. Vingt morts sur cent pensionnaires. Et, au fil des heures, on en annonce de plus en plus dans d’autres maisons de retraite. Si Dieu existait, je prierais pour mon frère, pensionnaire impuissant de l’EHPAD où ses enfants l’ont fourré. Il est confiné, lui aussi, et il essaie de bien le vivre. Mais moi ça me met hors de moi : c’est comme si on vous obligeait, vous, quand vous êtes sain, à rester chez vous en accueillant, plusieurs fois par jour, des gens venus d’horizons divers, équipés d’un masque qui, peut-être, les protège eux, mais pas vous… Ne sors pas ! Mais si le virus vient à toi, laisse le entrer…

Alors, il faut bien les soigner, bien sûr… Mais quand même, dans cette configuration imprévue d’un virus extrêmement contagieux, c’est un peu comme si, sans y penser, on les avait condamnés à mort en confiant leur exécution à un bourreau, le hasard…

25 mars 2020, Confinement Jour 9

Une journée de plus sans sortir, enfin, sans aller en ville… Parce qu’on peut, nous deux, sortir sur la terrasse ou dans le jardin. Mais sortir c’est aussi croiser des gens, avoir des interactions sociales -comme disent les sociologues à la mode, échanger, rencontrer les autres, bref, tout ce qui fait la vie en société, tout ce dont il faut se priver depuis presque dix jours. Et, dans les milieux autorisés -comme aurait dit Coluche, on commence à parler de six semaines, quarante cinq jours, de confinement.

Pour regarder le bon côté des choses, je suis content de constater deux choses : d’abord que, presque dix jours après notre périple semi-circumplanétaire, nous n’avons aucun symptôme d’une infection douteuse, et ensuite que, depuis que l’humanité est en grande partie cloîtrée, les niveaux de pollution, partout, ont chuté très significativement.

Et pour évoquer les petits emmerdements domestiques qui viennent souvent vous empoisonner l’existence, on a constaté ce matin que l’évacuation du lavabo de la salle de bains est bouchée… Merdre, merdre, merdre…. comme aurait dit le roi du palindrome.

À midi, Annie nous a dressé une jolie table, elle a mitonné des filets de flétan doucement rissolés. Devant tant de munificence, je me sens obligé d’aller à la cave chercher une bonne bouteille : un Chateau Saint Esteve d’Uchaux 2017. Un délice !

Mais bon, si le confinement perdure, ma petite collection de bonnes bouteilles va être mise à mal.

Michel, lui, dans son EHPAD, ne peut plus sortir de sa chambre. Leur confinement est total, même les repas lui sont servis dans ses dix m². Enfin, il a l’air d’aller bien, croisons les doigts.

26 mars 2020, Confinement Jour 10

Dix jours. Dix jours ont passé et nous ne présentons toujours aucun symptôme. La journée commence sur cette pensée positive. On se rapproche de l’échéance des quatorze jours pendant lesquels on est censés déclarer la maladie si on a été infecté, et rien. En y repensant, déjà au départ, il nous semblait peu probable d’avoir été infectés, allez savoir pourquoi !

Depuis le début de cette quarantaine forcée, on est relativement rassurés en ce qui concerne nos enfants : mon fils Xavier est en congés, il profite de sa progéniture, le fils aîné d’Annie télétravaille depuis le domicile de son amie. La seule ombre au tableau, c’est son fils cadet. Il est obligé d’aller bosser tous les jours : son patron, qui ne fait pas confiance à ses employés, a interdit le télétravail et impose à tous de venir au bureau. Résultat : beaucoup d’absences maladie, et, d’après lui, un cas de coronavirus avéré. Si, d’aventure, il devait être contaminé, sûrement que nous porterions plainte contre ce chef d’entreprise inconscient. Surtout que, pour bosser, il n’a besoin que d’un téléphone et d’une connection internet.

Nous sommes jeudi. Habituellement, le jeudi matin, je prends mon cahier d’écriture et je vais en ville, toujours dans la même brasserie, boire un cappuccino en écrivant quelques pages, installé au soleil. Aujourd’hui ça me manque mais probablement que, même en temps normal, je n’y serais pas allé : j’ai pris trop de retard dans les corrections à incorporer dans le tapuscrit de mon dernier roman. Ceci étant, à midi je suis bien obligé d’avouer que je n’ai pas avancé d’un pouce sur cette tâche.

Il y a sept ou huit mois, avant de partir en Polynésie, nous avions acheté, pour le volet roulant qui protège l’accès à la maison depuis la terrasse, un interrupteur « intelligent », commandable à distance par internet. Je n’avais pas trouvé le temps de l’installer. Cet après-midi je décide de m’y mettre. Quand j’ouvre la boite de ce produit américain, j’y trouve un superbe label marqué « made in China ». En une heure à peine, c’est monté, il n’y a plus qu’à le mettre en route. La notice traduite du chinois en anglais et de l’anglais en français par des machines automatiques, est truffée de phrases totalement incompréhensibles (on dirait du chinois…) heureusement que les illustrations sont claires parce que je n’aurais pas su que faire en lisant « flasher le noir bouton ». Mais bon, avec beaucoup de bonne volonté j’y suis parvenu. Ça fonctionne et c’est relié à notre auxiliaire zélée, j’ai nommé Alexa, le bras armé de Jeff Bezos. Seul problème, Alexa ne comprend pas les mots « ouvre » ni « ferme ». Il faut lui dire « Alexa, allume le volet ! » ; et elle consent à l’ouvrir. Ou alors, le soir, « Alexa, éteins le volet ! » Il est con, ce Jeff Bezos, je comprends que sa femme ait divorcé.

27 mars 2020, Confinement Jour 11

Vendredi matin : on se lève vers sept heures depuis deux ou trois jours déjà ; les derniers effets du jet-lag sont derrière nous, et nous sommes toujours en bonne forme.

Annie décide qu’aujourd’hui on va terminer les travaux de ménage commencés il y a quelques jours. On va nettoyer tous les vitrages. Moi, par contre, je m’étais fixé pour objectif de mettre à jour mon tapuscrit, y incorporer toutes les corrections et modifications notées ici ou là, et d’autres même pas notées mais seulement mémorisées dans ma tête. En plus, j’ai de la maintenance à faire sur mon blog, et ça commence à urger. Alors j’abandonne Annie à cette corvée de nettoyage ; elle me laissera ma part que je ferai plus tard.

Je m’installe tout de suite au bureau et, avant d’attaquer mon travail du jour, j’appelle mon frère. En discutant il me dit que, pour meubler sa solitude confinée, il a essayé d’emprunter des livres à la bibliothèque de son EHPAD mais qu’il n’arrive pas à se concentrer pour lire. Il n’y a que les BD qu’il dévore allègrement. Si je trouvais quelques vieux exemplaires des « Rubrique à brac » de Gotlib, je les lui offrirais volontiers, ça lui rappellerait notre jeunesse.

Quand, vers midi, Annie m’appelle pour déjeuner, j’arrête momentanément mon travail et je descends, tout en me disant que, décidément, il faudrait que j’offre un écran plus grand à mon ordinateur. Là j’ai du mal avec les petits caractères et certaines icônes me paraissent de plus en plus mystérieuses. Même si, avec l’âge, en même temps que ma tignasse a blanchi, j’ai dû me laisser pousser des lunettes, ça ne suffit plus. Maintenant il me faut lunettes et gros caractères.

En ce qui concerne les vitrages, Annie n’a fait que 90% du travail, alors je suis bien obligé de faire le reste. Pfff….

Aujourd’hui c’est elle qui fait le voyage jusqu’à la boite aux lettres : une commande d’Acerola est arrivée mais pas les produits contre les allergies.

Le soir on regarde une émission pendant laquelle un sociologue réputé, Jean Viard, nous révèle que, du 1er au 16 mars 2020, alors que l’épidémie avait déjà frappé l’Est de la France, le nombre total de morts (toutes causes confondues) est inférieur à celui de la même période en 2019.

Ah ben merdre, alors !

28/03/2020, Confinement Jour 12

En ce dernier jour de l’horaire d’hiver, c’est un beau soleil qui prédomine dès le matin, et on est tous les deux toujours autant en forme. Alors que je commence tout juste à rédiger cette chronique, j’ai un appel de ma mère :

-Ca va, vous ? demande-t-elle.

-Oui, ça va et toi ?

-Bof, tu sais, avec tout çà…

Et de m’expliquer qu’elle a entendu, je ne sais pas où puisqu’elle professe ne plus écouter les infos, que le sommet de l’épidémie ne serait pas atteint avant le dix avril. Je prends un ton aussi persuasif et tranquille que possible pour lui dire que personne, absolument personne, ne peut prédire ce qui va se passer, ça dépend de trop de choses qu’on ne connaît pas ou pas assez finement (l’efficacité des mesures de confinement, la durée de la contagiosité, etc.) et que, peut-être, ça prendra fin plus tôt qu’on ne croit. J’ai dit ça pour la réconforter mais, audiblement (je devrais dire visiblement mais comme on est au téléphone…), ça fonctionne pas. Alors j’essaie de l’amener à considérer les effets indirects positifs de cette pandémie : mise en échec patent de ce libéralisme exacerbé prôné depuis le traité de Maastricht, retour en force des réactions de solidarité, diminution de la pollution, etc. Quand on se quitte elle n’est pas convaincue mais, au moins, elle a un peu de grain positif à moudre…

À midi, déjeuner sur la terrasse. Au menu : Trio de poissons, champignons sauce soja, et riz. Pour commencer, on s’offre un verre d’un apéro au gingembre ramené de Moorea. P… que c’est bon !

On attend toujours les produits qu’Annie a commandés pour combattre mes allergies ; malheureusement, après plusieurs excursions jusqu’à la boite aux lettres, rien. On verra lundi.

La France atteint puis dépasse le seuil symbolique (y en a un tous les mille morts…) des deux mille décès. Six cents mille cas recensés dans le monde dont cent mille aux USA.

Après mon fils il y a une dizaine de jours, c’est sa compagne qui est en « suspicion » de covid-19, mais les enfants n’ont pas de symptômes. Rectification : à l’occasion d’un deuxième appel, on apprend qu’Erwann a de la fièvre.

Le soir, Edouard Philippe fait une conférence de presse à la télé : malgré la touffe de poils blancs de sa barbe qui lui macule la commissure des lèvres et qui lui donne l’air d’un mongolien en train de se baver dessus, il est plutôt convaincant, ça rassure un peu.

Ce qui rassure moins, c’est que, d’après France info, le maire de Sanary a interdit à ses administrés de s’éloigner de plus de dix mètres de leur domicile ! Pratique, pour aller acheter son pain…

29/03/2020, Confinement Jour 13

Ce matin, réveil à 8h30, nouvelle heure oblige. On est en pleine forme mais je vais arrêter de le dire (ou plutôt de l’écrire), ça commence un peu à faire rengaine.

Aux infos, un médecin urgentiste interviewé par un journaliste se répand en récriminations contre tout et n’importe quoi : l’incurie supposée du gouvernement, le manque d’effectifs, l’absence de solidarité en Europe, tout y passe… Il n’y a que les actions des syndicats pour trouver grâce à ses yeux. On dirait que l’heure des règlements de comptes a déjà sonné. C’est tellement pitoyable, tellement minable en ces heures difficiles, que j’ai envie de lui crier : « Va bosser au lieu de raconter tes inepties devant un micro, eh, banane ! Ce qu’on attend de toi, là maintenant tout de suite, c’est que tu soignes, syndicaliste de mes deux ! »

Un appel video à mon fils me rassure, mais à moitié seulement : Erwann n’a plus de fièvre, par contre il a mal au ventre et il a vomi une fois.

Pour midi, Annie nous a préparé une belle salade de fèves avec des feuilletés aux épinards et au chèvre. Aujourd’hui encore on va déjeuner sur la terrasse, ça aide bien à supporter le confinement. Annie s’est un peu habillée : elle a mis une robe longue rouge, avec un joli dos nu qui lui va à ravir. Ça aussi ça aide à supporter le confinement !

Le programme de ce dimanche après-midi est dense : on va s’occuper de collationner les éléments pour le dossier retraite d’Annie mais avant elle va me couper les cheveux ; depuis le temps que c’est elle qui se charge de ça, elle est devenue experte dans le maniement de la tondeuse.

Le soir on ne regarde aucun journal télévisé : trop d’infos tue l’info…

30 mars 2020, Confinement Jour 14

Je me réveille avant cinq heures ce matin, et, le nez trop encombré pour me rendormir, je me lève.

C’est aujourd’hui que doit débuter l’activité de la plateforme de livraison de produits alimentaires que le maire de la ville a initiée. On va commander un plateau de ratatouille et aussi du fromage. Belle perspective ! Reste à savoir si on se fait livrer à la maison ou bien si on ira récupérer notre commande sur le MIN. On va en discuter tout à l’heure, quand Annie sera levée.

Ce soir, sur France 5, une information me fait littéralement bondir : ce médecin urgentiste dont je parlais hier, qui accusait le gouvernement de ne rien faire ; eh bien, il y a quelques jours, au début de l’épidémie, le 6 mars exactement, le même urgentiste ironisait, disant que les sur-réactions du monde politique causeraient certainement plus de dégâts que la maladie elle-même ! On a du mal à y croire tellement c’est gros, et pourtant…

Cet homme là, ce Docteur Christophe Prudhomme, c’est pourtant pas n’importe qui. C’est le Président de la Fédération des urgentistes, association plus ou moins affiliée à la CGT ; ce médecin, honte à lui, fait donc seulement de la « politique politicienne ». Ce qui compte à ses yeux, c’est pas la vérité, c’est pas de soigner des malades, c’est de casser du sucre sur le dos de ceux qui ne sont pas de son bord. Cet homme, image à la Daumier du serment d’Hippocrate prêté par un hypocrite, devrait pourtant battre sa coulpe : sa parole, le 6 mars dernier, a trompé les français ; l’appréciation qu’il a portée a peut-être incité nos gouvernants à adopter une position plus « attentiste » qu’il n’aurait fallu.

Et maintenant il voudrait donner des leçons ?

Honte à toi, Christophe Prudhomme !

31 mars 2020, Confinement Jour 15

Tout d’abord un petit aparté : certains d’entre vous, après avoir lu mon post d’hier, ont trouvé que j’étais remonté contre la CGT. Pas du tout ! Pour preuve, on est, à l’époque, allés, Annie et moi, manifester, avec la CGT, contre la loi Travail concoctée par Macron, par le truchement d’El Komri, quand il était ministre de F.Hollande. Donc je n’ai rien contre la CGT, mais je ne décolère pas contre ce minable, dont je ne vois pas comment il pourrait, ni aurait jamais pu d’ailleurs, être un médecin compétent tant il se conduit comme une bouse. Je suis remonté contre cet homoncule qui est présenté comme le Porte parole de l’association des Urgentistes de France, c’est différent. Mais je respecte la CGT en tant que Confédération Générale du Travail. Toutefois si elle veut ne pas devenir, au fil de dérives comme celle-ci, la Confédération Générale des Trouducs, il vaudrait mieux qu’elle prenne des mesures… Et je ne lui demande rien ; juste je me permets de lui recommander (et en même temps au PCF ou à LFI dont il fait probablement partie), pas d’exclure cette crotte de nez, non ; mais plutôt de l’excréter (vous voyez ce que je veux dire), en ayant au préalable revêtu un masque FFP2, parce que ça va pas sentir la rose ! Voilà, c’est dit ; comme ça les choses sont claires.

Bon, après ça, je vais avoir du mal à faire une chronique un peu désopilante sur cette journée pareille aux autres, mais je vais quand même essayer. Un article dans La Provence, ce matin, a attiré mon attention en recherche de « croustillance » (il faut bien que j’invente des mots, de temps en temps) : un cavaillonnais vient d’être condamné , en comparution immédiate, à deux mois de prison. Pourquoi ? Eh bien, dans la même semaine, ce gars là s’est débrouillé pour se faire contrôler quatre fois sans l’autorisation lui permettant de sortir…

Remarque de mon frère, l’oeil gouailleur derrière l’écran de son téléphone :

-Quat’fois ? Dans la mêm’semaine ? Moi, j’vois qu’deux possibilités : soit c’pauv’mec, victim’de violences conjugal’, y s’tirait d’chez lui pour pas prend’de torgnoles, soit y couchait avec la femm’du flic qui l’a chopé quat’fois d’affilée…

Bon, il a l’air d’être en forme, malgré qu’il soit confiné dans sa chambre, au fond de son EHPAD.

Le soir même, les infos parlent de la recrudescence des violences conjugales. Mon frère est un visionnaire !

L’autre sujet du jour, aux infos, c’est le changement des valeurs stratégiques, lié au coronavirus : ce qui importe maintenant à nos gouvernants, ce n’est plus la 4G ou le raccordement de tous les français à la fibre optique. C’est la relocalisation de certaines industries qui, au fil des années, nous avaient échappé. On se débarrasse des GAFAM et on fabrique des masques et des respirateurs sur notre territoire. Ça, ça fait plaisir à entendre. Je suis bien content qu’on se libère enfin de la dépendance à ces google, amazon et de leurs Intelligences artificielles !

Bon, je suis fatigué, je vais me coucher, l’âme presque heureuse :

-Alexa, éteins les lumières !

1 avril 2020, Confinement Jour 16

Aujourd’hui c’est pas vendredi mais c’est quand même le jour du poisson. Aussi je vous en ai mis un petit en Une. Vous savez pourquoi, dans la Russie de Pierre le Grand, on n’utilisait pas de beurre ? parce que le tsar dîne à l’huile…

Pour rester dans la légèreté, je vous propose d’analyser ensemble deux ou trois aspects de notre vie avec ce virus :

-Force est de constater, et mon coeur de rital en saigne, que la Russie et la Chine ont plus aidé nos amis transalpins que nous ne l’avons fait nous-mêmes. Et c’est bien dommage. Alors les eurosceptiques, comme on les appelle, s’écrient que dans cette Europe qu’ils jugent néfaste (c’est eux qui le disent, hein, pas moi…), il n’y a pas de solidarité. Constat d’échec, donc, à leur avis. Regardons comment ça se passe de l’autre côté de l’océan dans cette fédération d’états, vieille de plus de deux siècles et dont personne ne peut contester le succès, qu’on nomme les Etats Unis d’Amérique. La crise y trouve son épicentre (il serait plus juste de parler de barycentre, mais le terme consacré par les journaux c’est celui d’épicentre) dans l’état de New York. Aujourd’hui on entend dans tous les media que les voyageurs new-yorkais sont refoulés à leur arrivée par la grande majorité des états de ces mêmes USA. Les américains ferment leurs frontières intérieures, exactement comme nous avons fermé les nôtres. Mais eux, personne ne les accuse de manquer de solidarité.

-Un autre aspect que j’aimerais aborder ici c’est l’opportunité et l’efficacité du confinement. est-ce que la méthode (qui me paraît, personnellement, assez moyen-âgeuse) est adaptée à notre société ? est-ce qu’elle est efficace ? Pas facile d’y voir clair sur ce sujet, mais regardons ce qui se passe dans d’autres pays de notre Europe : par exemple aux Pays-Bas qui ont choisi de ne pas confiner la population. Où en sont-ils ? Au 31 mars, sur 17 millions d’âmes que compte le pays, ils déplorent 1039 morts quand nous en comptons 3024 sur 67 millions d’habitants. En admettant que l’on compte bien les mêmes choses dans chacun des deux pays (ce qui reste à démontrer), il semble que le taux de mortalité lié au COVID-19 est, chez eux, supérieur d’environ 30% à celui que nous constatons. Si ces chiffres sont effectivement comparables, l’option confinement apparaît payante, mais si je rajoute à la mortalité française le nombre de décès en EHPAD (500 rien que dans la région Est) et celui des morts à domicile, c’est beaucoup moins net… Connaissant quelques-unes des carences de notre comptabilité, je vais essayer de savoir à quoi correspondent les chiffres annoncés par les hollandais et j’y reviendrai.

À demain ! Alexa, éteins les volets…

2 avril 2020, Confinement Jour 17

Il faut absolument que je voie mon ophtalmo : ca matin la météo a annoncé du beau temps mais moi, ce que je vois quand je regarde par la fenêtre, c’est des masses confuses de nuages gris… Problème de DMLA ? Vite, mon téléphone, que je prenne rendez-vous.

Ce jeudi matin, nous attendons toujours la livraison des produits contre l’allergie qu’Annie a commandés pour moi. Le colis aurait dû arriver la semaine dernière… et aujourd’hui toujours rien. Excédée, Annie les appelle : ils sont désolés et promettent de faire le maximum pour nous le livrer en urgence, vers la semaine prochaine. Curieuse, leur notion de l’urgence…

Une nouvelle digne de « Le bon, la brute et le truand » : les américains (lesquels, je ne sais pas) auraient, paraît-il, détourné à grands coups de dollars une commande de masques destinée à notre région Sud Paca. J’ai du mal à comprendre ces amerloques, ce sont de grands enfants, c’est vrai, mais vouloir jouer à Zorro le vengeur masqué quand on a, la plupart du temps, la silhouette de Sergent Garcia, ça me laisse pantois. Enfin, s’ils croient nous déstabiliser de cette façon, ils se trumpent !

Triste nouvelle du soir : huit cent quatre-vingt quatre décès du Covid-19 dans les EHPAD, selon un comptage partiel ; ça finira à plus de mille morts… Nous avons, dit-on, un peu plus de dix mille établissements répondant à cet acronyme sur le territoire. Si on imagine une moyenne de cent lits par EHPAD, ça nous fait un million de vieux hébergés là. Mille morts sur un million, c’est un taux de mortalité seize fois supérieur à celui du reste de la France. C’était pas les confiner qu’il fallait faire, c’est les lâcher dans les rues, ils y auraient été beaucoup plus en sécurité !

Si on continue comme ça, il va falloir alerter le WWF : les vieux vont devenir une espèce en voie d’extinction.

3 avril 2020, Confinement Jour 18

Je venais juste de mettre en ligne mon post d’hier quand j’ai appris la nouvelle : on a fait comme les américains ! Nous, français, on a détourné à notre profit quatre millions et demi de masques destinés à l’Espagne et à l’Italie (et je suppose qu’ils n’avaient pas Venise pour destination ultime)… Ces masques, si j’ai bien compris, transitaient par chez nous et, dans un entrepôt à Lyon, on se les est appropriés. Réquisitionnés, qu’y disent !

Sur un plan politique, on pourrait se demander ce qu’en pense Bruxelles ; ce que l’Europe en pense tout bas… Tout bas parce que je n’ai entendu aucun responsable se récrier contre cette action. Quand les slovaques avaient fait le même coup, on les avait entendus, nos élus européens, rappeler à l’ordre le gouvernement de ce petit pays peuplé de paysans le plus souvent illettrés. Mais là, rien… Il s’agit de la France, qui pèse lourd dans les décisions, qui oriente fortement la voix de notre fédération ; alors personne ne dit rien. C’est vrai que, pour calmer les choses, pour que l’Europe se taise, la France a décidé, avec largesse, qu’on allait, à titre dérogatoire, libérer de cette saisie quatre cent mille masques… « Oui, je te vole, mais je te donne dix pour cent de mon larcin, alors sois content, italien ! Réjouis toi, ibère ! ».

Sur un plan juste humain, on pourrait se demander si E. Philippe et E. Macron arrivent à bien dormir. Comment se considèrent-ils, à se regarder dans la glace en se rasant le matin ? Malheureusement je ne suis pas sûr que le sens du mot vergogne leur soit familier, comme à beaucoup d’hommes politiques, d’ailleurs.

Ça ne m’arrive pas souvent mais là j’avoue que je ne suis pas fier ; je ne suis pas fier et, en plus, je suis déçu… Moi qui, après n’avoir pas voté pour lui, commençais à réviser mes positions sur notre président… Dès le début de la crise, le pacte de stabilité européen est mort, une des premières victimes du coronavirus (on peut soutenir que c’est bien, mais bon, ça porte un coup à l’Europe); et là, c’est Schengen qu’il faudrait placer en réanimation.

« France, mère des arts, des armes et des lois,

Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle :

Ores, comme un agneau qui sa nourrice appelle,

Je remplis de ton nom les antres et les bois.

Si tu m’as pour enfant avoué quelquefois,

Que ne me réponds-tu maintenant, ô cruelle ?

France, France, réponds à ma triste querelle.

Mais nul, sinon Écho, ne répond à ma voix.

Joachim du Bellay

4 & 5 avril 2020, Confinement Jours 19 & 20

Ben oui, comme c’est le weekend, je ne fais qu’une seule chronique pour les deux jours. Ce qui montre bien que je suis un gros fainéant, mais j’assume !

Samedi : Aujourd’hui, comme Annie a envie de tout changer dans la maison, on déménage les meubles du rez de chaussée. Un mouvement de rotation Salon->Buanderie->Garage->Salon s’organise ; on intervertit les couleurs, le mobilier, les contenus des meubles aussi. Ça dure, sans effort majeur, toute la journée. Le soir, pour fêter ça, on s’habille comme pour une soirée en ville et on se fait un dîner confiné très sympa. Et pas de télé de toute la journée ! Donc pas d’informations…

Dimanche : Farniente ; comme il fait beau dès le matin, je m’installe dans un fauteuil sur la terrasse. Du fond du jardin, triste et abandonnée, la tondeuse me fait des signes mais je ne lui accorde qu’un regard distrait. « Tu sais qu’il faut tondre, me dit-elle alors. Tu sais que, si tu ne le fais pas aujourd’hui, l’herbe va encore pousser et atteindre des hauteurs et une densité plus importantes. Et après, quand tu voudras t’y mettre, c’est moi qui ferai des efforts supplémentaires, et mes vieux rouages, enclins à se gripper (c’est l’arthrite des machines) vont me faire souffrir… verrai-je la fin de cet été, si tu me maltraites de cette manière ? » Elle me ferait presque pitié, je suis sur le point de céder à ses suppliques mais non, trop la flemme… Et puis ce bon soleil du matin me rappelle Tahiti.

L’après-midi, forts de la réussite de notre première greffe d’agrume (oui, celle qui a mis deux ans à prendre), on décide d’en tenter une autre, en espérant qu’elle sera un peu moins lente à démarrer. On verra bien !

Le soir, aux infos, les media commencent à nous chuchoter que le gouvernement de la Suède est un peu remonté contre nous : les masques réquisitionnés dont je vous parlais vendredi avaient été commandés par l’Espagne et l’Italie à une société suédoise. Affaire à suivre, donc. L’autre bonne nouvelle du jour c’est la baisse significative du nombre de décès journalier. Enfin !

6 avril 2020, Confinement Jour 21

Après ce weekend digne d’une famille d’édentés, il faut se secouer un peu ; c’est ce que je me dis en me levant ce matin. Je me fais un programme de travail mais, quand Annie se lève, elle me dit tout de go : « il faut repeindre en blanc le fauteuil d’osier rouge ! ». Voilà ce qui va meubler notre matinée. Je sors une bâche qu’on étale au sol, dehors sur l’herbe, et on y pose, comme un trône, le fauteuil en question. Après un bon nettoyage pour éliminer les poussières éventuelles, il est presque prêt, il reste à faire une ou deux réparations sur l’osier ; c’est presque toujours le cas sur ces petits meubles « made in Indonesia ». Après ça, on s’y met, bombes de peinture blanche en main. Très vite on se rend compte que deux bombes de peinture ne suffiront pas et, effectivement, après avoir vidé la dernière, la moitié du travail est fait, ou bien la moitié reste à faire, ça dépend si on est optimiste ou pas. Alors le fauteuil reste là, à narguer la tondeuse, et nous on va préparer notre déjeuner : des pâtes bio à la farine de châtaignes de chez Lazzaretti, un régal. Il faudra qu’on les félicite (merci, Denis et Julien) pour cette excellente préparation !

L’après-midi, après une courte sieste (narcose post-prendiale, comme ils disent), on remet en service le drone qui dormait depuis trop longtemps sur son étagère (recharge des batteries, mise à jour des logiciels, et essais de vol en intérieur). Tout fonctionne, on est parés ! Dès que le confinement prendra fin, on reprendra contact avec des amis et des entreprises intéressés par notre prestation de videos aériennes.

Ensuite, j’appelle mon frère mais, décidément, la liaison téléphonique est mauvaise. Après plusieurs essais, j’abandonne. Merci SFR !

Le soir, tout en envoyant quelques conneries sur whatsapp à mes amis qui m’en envoient autant en retour, je regarde les infos : forte recrudescence du nombre de morts mais baisse du nombre de cas identifiés… Va comprendre… Enfin, on dirait que ça va mieux en Italie et en Espagne ; par contre chez les étasuniens, rien ne va plus ; leur président gnafron, après avoir bien rigolé sur cette prétendue épidémie qui allait disparaître toute seule, pleure maintenant sur les centaines de milliers, voire les millions de morts à venir, scenario bien noirci pour qu’il puisse se poser en héros de la nation quand ils auront fait mieux qu’annoncé. Les élections c’est pour bientôt chez eux…

7 avril 2020, Confinement Jour 22

On est en avril mais, décidément, on se croirait en février, période des carnavals ! Eh oui, dans les media, il n’est question que de masques :

-D’abord, suite aux grosses pressions diplomatiques que la Suède a fait peser sur nous, la France « rend » les masques destinés à l’Italie et l’Espagne ; affaire dont je vous avais « abreuvés » abondamment la semaine dernière. La France est blanchie, donc ? Mais dans l’intervalle, combien de ritals et d’ibères ont été hospitalisés qui ne l’auraient pas été ? No se, no lo so…

-Ensuite, on découvre que « la Poste », cette administration qui nous est chère (trop chère ?), détient, dans le plus grand secret, un stock de 25 millions de masques. A quelle fin ? Et pourquoi ce stock est-il confidentiel ? L’auraient-ils oublié ? En tout cas, je ne sais pas vous, mais moi je n’ai pas vu de facteur avec un masque… Bon , comme ça le gouvernement n’aura pas trop de mal à « rendre » les masques réquisitionnés. La Poste n’en aura plus que 20 millions mais pour ce qu’ils en font…

-Pour finir sur une note « sucrée », l’Etat français, pour se refaire la cerise peut-être, a réquisitionné hier un lot de masques destinés à la région Bourgogne-Franche Comté. Bel exemple de coopération intra-nationale ! Quand on se dit que tout cela est l’oeuvre de fonctionnaires obtus (pléonasme ?), on ne peut que se lamenter.

Voila pour le côté carnavalesque de cette crise, restent deux choses que je voudrais partager avec vous : Il faut constater, avec tristesse mais sans véritable surprise, qu’un tiers des décès imputés au coronavirus vient des EHPAD qui représentent deux ou trois pour cent de la population. Mais bon, c’est que des vieux, et ils ont plutôt bien résisté si on considère qu’on les a confinés avec le virus…

Et puis, last but not least, je vous livre ici une interrogation : France, 67 millions d’âmes, 10 000 morts ; Pays bas, 17 millions d’habitants, 1700 morts soit, statistiquement, une fois et demi moins que chez nous. Et eux, ils n’ont mis en place qu’un confinement symbolique. Alors, pour être sûrs de ce qu’on lit, une question préalable se pose : Est-ce qu’on compte les mêmes choses ? Est-ce que ces chiffres sont bons ? Déjà, merci à @françois (qui se reconnaîtra) pour notre échange sur ce sujet il y a quelques jours. Et puis, peut-être que @christophe (qui se reconnaîtra aussi), du fait de ses racines bataves, pourrait aider à mieux comprendre ?

8 &9 avril 2020, Confinement Jours 23 & 24

Grrr…

Il y a quelques mois, avant l’hiver, j’ai décidé, sur un coup de tête, de changer d’hébergeur pour ce blog. OVH faisait de la pub en disant que leurs serveurs étaient tous sur le territoire français, je les ai choisis (c’est vrai qu’à chauffer la planète il vaut mieux le faire de chez nous plutôt que de l’étranger, non ?). Jusqu’ici tout a bien fonctionné, mais voilà qu’hier, quand j’ai voulu mettre ma chronique journalière en ligne, j’ai constaté que les dits serveurs franchouillards ne réagissaient qu’avec très peu de zèle à mes sollicitations ; impossible de mettre en ligne le moindre post… « Oui, on est en maintenance et on sait pas bien jusqu’à quand » ont-ils répondu à mon questionnement. Faire ça sans prévenir, quel manque de goût ! Et puis quand j’ai pu me connecter, quelques heures après, j’ai eu l’impression que les serveurs étaient plutôt fébriles…

Manque de goût ? Fébrilité ? Ne seraient-ce pas là les principaux symptômes du COVID-19 ? Je comprends tout ; les serveurs d’OVH sont atteints ! Il s’agit donc, indéniablement, du premier cas de contamination de machines par l’homme ! Grande découverte pour la science, me suis-je dit. Et soudain j’ai eu peur : et si l’inverse était, lui aussi, possible ?

Vade retro, keyboard ! Je me suis éloigné de la machine infernale et ne l’ai ré-approchée qu’aujourd’hui, dûment ganté et masqué ; et d’ailleurs c’est les bras aussi tendus que possible et le regard oblique que je rédige cette chronique.

Ce dont je souhaitais vous parler, c’est de déconfinement… Tous les hommes politiques, tous les scientifiques sont unanimes et, à l’unisson, nous disent que c’est pas le moment :

-Jérome Salomon, dépité, nous explique que le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint. Il ne ment pas, on sait pas bien où il est d’ailleurs, ce pic, sinon sûr qu’Edmund Hillary se lancerait, de sa tombe, dans un ultime assaut…

-Olivier Véran, tout triste de son côté, n’envisage cette phase que comme un horizon encore lointain ; là aussi c’est sûrement vrai puisque les scientifiques sont d’accord.

-Les médecins enfin, avec des regards de chiens battus, nous disent que, pour l’amour de eux, il faut encore rester chez nous. Là encore ils ont raison.

Donc dans cette affaire là, tout le monde, l’air déconfit, dit vrai…

Moralité : aucun déconfit ne ment, pour le moment !

P.S. : Merci à François pour l’illustration en tête de ce post.

10 à 12 avril 2920, Confinement Jours 25 à 27

Ce vendredi j’ai eu pitié de la tondeuse dont le regard de chien battu se faisait de jour en jour plus larmoyant : je l’ai empoignée vivement et l’ai accompagnée pour une promenade dans le jardin, la première de l’année. L’herbe, de surprise, en a eu la chique coupée. Après cette petite mise en jambe, j’ai même démonté la lame pour l’affûter (oui, je sais, ça aurait été mieux de le faire avant de tondre, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, non ?).

Cette journée a aussi été à marquer d’une pierre blanche pour une autre raison : en ce 10 avril, le nombre de malades qui sortent de réanimation est devenu supérieur à celui de ceux qui y entrent ! Le miracle de Pâques ? (pour le mécréant endurci que je suis, cette question ne se pose pas, bien entendu).

Depuis ce début de long weekend, les media récitent en boucle une leçon bien apprise mais dont le contenu est absolument sans aucune pertinence : les USA seraient le pays le plus touché par l’épidémie, avec une vingtaine de milliers de morts. C’est le résultat de leur système de santé trop inégalitaire ? C’est à cause du fait qu’ils ont, longtemps, minimisé l’importance de ce virus ? C’est parce que Trump est contre les principes du confinement ?

Eh bien, au risque de choquer, je vais vous dire : tout simplement ce ne sont pas les plus touchés ! Pourquoi ? Comment osè-je affirmer ça ? Mais parce que leur population se monte à trois cent trente millions de ricains, soit cinq fois plus que la France ! Alors, mécaniquement, quand ils auront soixante et quinze mille victimes, ils en seront au même point que nous, pas avant… Pour le moment ils sont moins touchés que nous et que l’Europe en général. Cqfd…

C’est à la fin de la partie qu’on voit le vainqueur, pas avant… Si j’ose m’exprimer avec cette métaphore sportive !

Quant à notre performance à nous, champions de l’égalité et des soins de santé, eh bien c’est pas terrible : 1/3 des décès ont eu lieu en EHPAD. À croire que, pour faire une farce à tous ces pauvres vieux, on les a confinés et on a aussi, comme du poil à gratter, confiné le virus avec eux. On peut, avec raison, être fiers de notre système de santé, et on constate chaque jour les performances et l’agilité de ses personnels ; mais là, franchement, ça frise le scandale…

13 avril 2020, Confinement Jour 28

À la demande expresse de l’un d’entre vous (qui se reconnaîtra), je vous annonce d’ores et déjà que mon post de demain sera consacré aux lobbies de la farine et de l’alcool (et peut-être aussi à celui des préservatifs) qui seraient, disent certains à mots couverts, à l’origine de la décision de prolonger le confinement qu’Emmanuel Macron nous a annoncée hier soir. Je mets tout de suite mon énergie là-dessus !

Ensuite, permettez que je vous donne un os à ronger (merci à toi François, qui m’a interpellé, suite à mon post d’hier, sur le fait que les chiffres concernant les USA sont donnés en valeur absolue, et que, donc, ils sont bel et bien les plus touchés…) D’accord, mais imaginez un pays qui annonce 1000 morts sur la durée de l’épidémie ; ce pays serait, à coup sûr, regardé comme un exemple, sauf si il compte 2000 habitants, là ce serait le pire. Donc, à mon sens, le chiffre des décès en valeur absolue n’est pas pertinent (c’est ça que je voulais souligner hier), et je maintiens que les Etats Unis ne sont pas les plus touchés car il faut rapporter le nombre de décès au nombre de leurs ressortissants. Et ils sont cinq fois plus nombreux que nous autres français. Voir à ce sujet l’excellent article de « Libération » qui donne les USA loin derrière l’Espagne, l’Italie et nous en nombre de morts par million d’habitants. Il reste que, et là-dessus tu as raison, François, il faut savoir si tout le monde compte bien les mêmes cercueils, mais l’heure n’est pas aux chinoiseries…

Un autre sujet sur lequel j’ai été apostrophé est celui des maisons de retraite (merci à François et Chantal). J’admets volontiers que mes propos d’hier pourraient passer pour outranciers, voire injustifiés, ou même partials. Mais, excusez moi si je me suis mal exprimé, je ne voulais pas comparer notre cas national à celui d’autres, ni affirmer que certains soignants n’ont pas fait leur boulot, je suis convaincu du contraire et admiratif sur leurs performances ; mais quand même, il faut que j’apporte une précision à mes affirmations d’hier : je disais, à la lecture des données délivrées par le gouvernement, qu’un tiers des décès sont des résidents d’EHPAD. En fait je me suis trompé par optimisme : si on retire, du nombre des décès en hôpital, ceux qui venaient d' »Etablissements Hébergeant des Personnes Agées Dépendantes » et qu’on l’ajoute au nombre de morts annoncé par ces mêmes maisons de retraite, c’est la moitié et non le tiers des décès qui venaient d’EHPAD. Vous conviendrez avec moi que c’est sujet à questionnement. Mais je précise que, selon les données que j’ai pu recueillir, l’énorme majorité de ces établissements relève du secteur privé ; aussi permettez-moi de préciser mon propos d’hier et d’affirmer que rentabilité économique et secteur social ne sont pas compatibles en configuration de crise ! Voir les plaintes déposées contre le groupe Korian, propriétaire de l’EHPAD de Mougins où il y a eu 36 victimes si mes données sont à jour.

14 avril 2020, Confinement Jour 29

Comme je m’y étais engagé, je me suis mis, depuis hier, à la recherche d’éventuelles collusions entre les lobbies de la farine et de l’alcool d’un côté, et le gouvernement de l’autre. L’annonce de Macron prolongeant le confinement jusqu’au mois prochain est-il le résultat des actions en sous-main de ces lobbies ? Pour le savoir, je voulais tout d’abord allé vérifier l’information à la source : pour ça, je suis allé, chez un meunier de la région, interroger un charançon de mes amis.

-Mon cher Anson, lui ai-je dit (oui ce charançon se nomme Anson, ça ne s’invente pas, ça), comment se passent les choses dans ton monde depuis l’arrivée de Corona ?

-Ah la la, m’en parles pas ! Celui-là, tout le monde le hait. Enfin, quand je dis tout le monde, je parle de mon monde, celui des charançons. Eh bien, chez nous autres, on peut pas le sentir. Avant, on vivait peinards dans nos silos ! des fois même on partait un peu en vacances dans un paquet de farine mais sinon on restait au chaud, entre nous quoi. Mais depuis qu’il est là, c’est plus possible, on n’est plus tranquilles nulle part. La semaine dernière encore, un gros camion est arrivé devant chez nous et il a déchargé tout un tas de céréales. Dedans, y avait plein de congénères, mais on entravait rien à ce qu’ils disaient : y venaient d’Ukraine. Non, je te garantis, on n’est plus tranquilles chez nous, c’est des étrangers qui viennent nous bouffer la farine sur le dos. Y se mériterait une avoinée, tiens, cet espèce de son, parce qu’en plus, on a plus rien à becter, nous autres…

Là, j’ai compris qu’il y avait matière à approfondir et je me suis décidé à aller voir un spécialiste des investigations. Sur la porte du bureau du gars, un panonceau indiquait « Al Kolo spécialiste des investigations alambiquées ». je lui ai exposé mes sombres hypothèses sur ce complot. D’abord il m’a dit « Bon, Corona, c’est quand même pas la mort subite ! » et puis, réflexion faite, il a décidé de s’en occuper mais d’abord il faut qu’il aille prendre conseil auprès d’Absinthe Rita, la patronne des cas désespérés.

Confiant, je l’ai laissé bosser. Pour rester discrets, il m’a donné rendez-vous à Nis ce soir. Et, quand on s’est vus, il m’a distillé quelques informations qui valent leur pesant de beurre de cacahuète : il y a bien complot, c’est avéré. Une alliance entre les « Grands Poulains de Marie » et le groupe « Perrod-Nicard ». Au départ, il y avait aussi la société Rudex, mais ils se sont retirés de peur de se faire rouler dans la farine (pourtant, farine et latex ça devrait bien aller ensemble, non ?). Leur interlocuteur, leur complice devrais-je dire, est un conseiller de l’Elysée, le capitaine Dahock. Le prix de sa félonie c’était un plein champ de tournesols, spécifiquement de la variété « Tryphon » . Il voulait aussi trente caisses de Kiwiss, mais ils ont pas accepté : tintin, qu’ils lui ont dit !

Bon, je vous laisse, je vais vite alerter les journaux sur ce scandale !

15 au 18 avril 2020, Confinement Jours 30 à 33

Mea culpa, mea maxima culpa. Permettez que je batte publiquement ma coulpe avant que vous ne le fassiez pour moi !

Voilà, je suis un gros fainéant car, depuis plusieurs jours je n’ai pas fait de chronique ; et pourtant j’avais la matière… Mais non, je n’ai rien foutu parce que j’avais la flemme. Je me suis laissé aller à la facilité. Peut-être que je vais changer le titre de ce blog pour l’intituler « Chronique sporadique d’un confiné fainéant ». Qu’est-ce que vous en pensez ?

D’un autre côté, ce farniente a ses côtés positifs : j’ai pu ainsi me rendre compte que certains d’entre vous lisent ce que j’écris et s’inquiètent de mes silences. Merci à vous ! Je vous promets que je vais essayer, à l’avenir, (si j’ai pas trop la flemme) de travailler plus régulièrement.

Aujourd’hui je voulais vous parler de ce problème que tout un chacun a à coeur : celui de savoir si ce cher Corona est sorti accidentellement d’un laboratoire, au grand dam de ceux qui pensaient que tout ça c’était la faute du pangolin, comme si la maladie de Creutzfeldt-Jakob avait été celle des boeufs…

Eh bien, en vérité je vous le dis (comme disait l’autre), ce virus n’est pas un accident de la nature ! Il a été conçu par un lobby, celui des brasseurs belges. Il y a ainsi des vérités non dites mais que tout le monde sait : par exemple, chacun sait que quand le temps est maussade comme aujourd’hui, c’est à cause d’une kabbale des services secrets israéliens. Mais les discours oiseux des politiques parviennent souvent à nous cacher l’essentiel ; combien de fois nous a-t-on lancé que tel ou tel (surtout aux USA) avait été tué par balle. Depuis le temps que ça dure, personne n’a inquiété ce Monsieur Balle, il n’est même pas recherché. Ainsi en est-il de tout un tas de choses : le chômage chronique est lié à tel ou tel facteur mais, à la Poste, rien ne change, le facteur est peinard et continue à causer du chômage !

Alors, si on regarde bien les chiffres, on voit que, depuis le début du confinement, ce sont dix sept millions de litres de bière qui n’ont pas été produits ! Dix sept millions de litres, moi ça me laisse rêveur. Et ces dix sept millions de litres qu’on n’a pas bu, eh bien c’est, très majoritairement, dans les troquets qu’on les a pas bus ! Tu imagines ça Philippe ? Dix sept millions de litres que je suis pas allé boire chez toi ! Ça fait soixante huit millions de demis !

Et à qui profite le crime ? Pas à Grotembourg ni à Keinehen qui sont les grands perdants de l’histoire, non, parce qu’on avait pas vu ça depuis au moins 1664, mais plutôt à ceux qui ne sont que très peu présents dans nos bistros et estaminets : j’ai nommé les brasseurs belges et autres fabricants de Gueuze !

Et après on se demande pourquoi ce virus s’appelle Corona ? (Bon, je me répète mais, quand même, s’ils l’avaient appelé Mort Subite, ça aurait été téléphoné, ou bien ?)

C’est tout pour aujourd’hui, le thème de ma prochaine chronique (demain, peut-être ?) sera : « Grandeur et décadence des syndicats ».

19 au 21 avril 2020, Confinement Jours 34 à 36

Si tout va bien, dans 19 jours, ce sera le début du déconfinement. Déconfinement qui, on le sent bien, va être besogneux et long…

Quel rapport, me direz-vous, avec le thème que je vous avais annoncé : « Grandeur et décadence des syndicats » ? On va y venir, mais d’abord je crois indispensable de poser une ou deux choses.

La première c’est que, d’après l’Institut Pasteur, le confinement a permis d’éviter 84% des effets de l’épidémie. Ça veut dire, en clair, qu’on n’en a pris que 16% dans les dents, soit environ 1/7ème… On peut en déduire logiquement que, dans les mêmes conditions mais sans confinement, on serait rendus à 140 000 morts et non 20 000. Et encore, ce chiffre vertigineux de 140 000 décès est certainement très inférieur à ce qu’il aurait été si nous ne nous étions pas confinés, tout simplement parce que les services de réanimation n’auraient pu accueillir qu’un malade sévère sur quatre ou cinq. Donc plus probablement 200 à 250 000 décès.

Pour autant, le virus n’a pas disparu, on continue à comptabiliser chaque jour autour de cinq cents morts.

Le même vénérable Institut semble pouvoir dire que moins de 10% de la population a été en contact avec le virus, et place le seuil d’immunité collective à 70%. On trouve encore le même rapport de sept fois, ce qui paraît à peu près logique.

Bon, si on avait laissé passer l’épidémie façon Bolsonaro, on aurait certainement atteint l’immunité collective en trois ou quatre mois.

et on sait à peu près combien on déplorerait de disparus (peut-être, d’ailleurs, que je ne serais pas en train d’écrire cette chronique).

Seulement voilà, le confinement ne tue pas le virus, il permet seulement d’aplatir la courbe, mais la surface sous la courbe (l’intégrale, pour les matheux) reste à peu près la même :

Ce qui veut dire que, faute de trouver rapidement un traitement pour soigner les personnes atteintes, ou un vaccin, l’horizon est chargé des mêmes significations. La différence sera qu’on arrivera au même résultat mais en sept fois plus de temps. heureusement les scientifiques semblent confiants dans la perspective de mettre bientôt en place un ou plusieurs traitements efficaces.

Mais alors, pourrait-on penser, pourquoi se déconfiner ?

La réponse la plus claire, je l’ai entendue hier de la bouche du philosophe André Comte-Sponville :

-Notre seul choix, disait-il, se trouve entre santé et économie. Imaginons que notre priorité seule et absolue soit la santé des citoyens : tout le monde se confine, l’économie s’arrête, plus personne ne travaille sauf les médecins. Le résultat c’est qu’à très court terme il n’y a plus personne à soigner car tout le monde est mort : plus rien à manger, plus de matériel dans les hôpitaux, plus d’électricité, etc. Il est inutile de seulement envisager l’hypothèse inverse, totalement insoutenable pour tout gouvernement qui se respecte (sauf, peut-être, Bolsonaro et Trump dont on peut affirmer que le cynisme de court terme qu’ils affichent va peut-être les disqualifier dans les urnes mais renforcera à terme la position économique du pays qu’ils dirigent). Alors la vérité est quelque part entre les deux : quoi qu’il en soit, il faut absolument se déconfiner et retourner bosser. Il importe que nos gouvernants ne se drapent pas dans une fausse position exclusivement sanitaire et affirment haut et fort l’importance de l’économie, parce que c’est ça qui nous fera manger demain.

C’est un peu rude à entendre mais c’est, si on ne se voile pas la face, frappé au coin du bon sens. Il faut remettre l’économie en route, et vite, tout en restant prudents pour garder une courbe assez plate pendant que nos chercheurs cherchent, et jusqu’à ce qu’ils trouvent.

Et c’est là que les syndicats vont devoir faire la preuve de leur grandeur ou de leur décadence :

Ils seront grands s’ils aident et contribuent à cette remise en marche sans lanterner, sans se réfugier derrière des idéologies ni des positions de principe à la Krazucki. S’ils acceptent de retourner au travail sans avoir cent pour cent de certitude qu’ils seront protégés, s’ils acceptent le fait que la sécurité absolue ça n’existe pas, alors ils seront grands.

Si, par contre, ils mettent des bâtons dans les roues des wagons de la SNCF, s’ils enrayent la distribution du courrier, si leur crainte de la contagion par les enfants les pousse à garder les écoles fermées, alors ils seront déchus, et nous avec…

Allez, pour terminer sur une note plus légère : vous savez ce qu’est qu’un pessimiste ?

Réponse : c’est un déconfit né.

22 & 23 avril 2020, Confinement Jours 37 & 38

Juste une ou deux précisions, qui peuvent s’avérer utiles, sur mon post d’hier : Fanny, qui passait par hasard sur ce blog et que je remercie d’y avoir laissé un commentaire, a gentiment souligné que le but des syndicats reste de protéger les salariés et qu’ils sont dans leur rôle en étant vigilants sur les conditions sanitaires du travail. Merci Fanny, donc, pour ce message sympathique que je relaye volontiers ici.

Bien sûr, les syndicats sont bienvenus quand ils veillent aux bonnes conditions de travail, mais gardons à l’esprit que ce virus touche, à 80% si ma mémoire ne me trahit pas, des individus âgés, donc pour la plupart sortis de la vie active, ou atteints de « comorbidités », donc souvent moins actifs que la moyenne. Pour l’écrasante majorité des gens, l’affection de ce covid-19, si elle est loin d’être agréable, n’en reste pas moins légère sinon bénigne. Et ajoutons, à l’intention de l’Education Nationale, qu’il semblerait, aux dires des dernières études réalisées sur le sujet que, si les enfants sont souvent des porteurs asymptomatiques, ils sont aussi moins contagieux que les adultes. De là à dire que les enfants sont un refuge contre l’infection, il y a un pas que je ne franchis pas, mais je voudrais quand même réitérer cette idée de base : il faut raison garder, la sécurité absolue n’existe pas.

Alors quand je lis que la Poste a du organiser 454 réunions avec les syndicats pour repasser de trois à quatre jours par semaine de distribution du courrier, j’avoue que ça m’impatiente quelque peu…

Je profite de l’occasion pour resucer cette belle phrase de Michel de Montaigne : tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant.

Voilà pour le post d’hier. Et pour finir en légèreté, je voudrais souligner deux incongruités :

1- Après que Trump ait exhorté à libérer quelques états et à les sortir du confinement, le gouverneur de Géorgie, qui est un de ses fans inconditionnels, a décidé de déconfiner son état dès demain. Réaction de Trump : « Si j’étais lui, je ne ferais pas ça… » Va comprendre !

2- Les media français constatent avec enthousiasme que cette période difficile a permis aux français de se réconcilier avec les agriculteurs. Je croyais pourtant me souvenir que, depuis au moins quinze ans, les mêmes media nous serinent qu’on les aime, ces agriculteurs… Pourquoi me réconcilier avec quelqu’un que j’aime déjà ? Est-ce que j’aurais été trompé dans mon amour ? Va comprendre…

10 mai 2020, dernier jour d’un confiné

J’ai un peu honte d’avoir, depuis quelques temps, abandonné cette chronique, même si c’était pour la bonne cause : l’impérieuse nécessité d’opérer des corrections (les dernières ?) sur le manuscrit de mon dernier roman, « Janus ».

Alors, sans rentrer dans des déclamations aux accents trop hugoliens, je voudrais profiter de cette occasion qui m’est donnée pour réitérer ici l’importance, cruciale à mes yeux, de ce déconfinement. Outre le fait que, dès demain, nous n’aurons plus besoin de remplir une déclaration sur l’honneur avant d’aller acheter une baguette, outre la possibilité, auparavant si simple, d’aller faire une balade dans les bois ou bien au bord de l’eau, demain les français vont enfin avoir la possibilité (sur la base du volontariat ?) d’aller bosser ! De plus dès demain nos chérubins vont retourner se crêper le chignon dans les cours de récréation (à distance de sécurité bien sûr) sous l’œil attendri des professeurs qui n’auront plus besoin de motifs de zizanie pour ne pas se serrer la main. En ce début de semaine printanière, l’économie va reprendre ses prérogatives, Ouf !

Autre bonne nouvelle, le Professeur Raoult, qu’il n’est plus besoin de nommer, nous annonce que le SARS-Co-V2 va disparaître, éparpillé façon puzzle (tiens, ça me rappelle quelque chose) par les chaleurs estivales et néanmoins marseillaises qui se préparent. Il n’y aura pas de deuxième vague, dit-il… Bon, ça tombe bien parce que la prochaine pandémie arrive, elle est déjà là, si j’en crois les premiers signes qui ne trompent pas, avec les déclarations tonitruantes des Cassandre et beni-oui-oui de tous poils.

Ce nouveau virus, vous en avez tous certainement entendu parler, s’annonce virulent : il s’agit, vous l’avez reconnu, du « convide20 », plus connu sous le nom de conarovirus. Et il est extrêmement contagieux, semble-t-il. La bonne nouvelle c’est que la science a déjà isolé le patient zéro de la maladie : c’est un certain Mr Donald (non, pas Donald Duck, celui-ci est trop intelligent) grand constructeur de murs qui réside en Amérique du Nord.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui et pour les semaines qui viennent. Portez-vous bien et méfiez-vous du Convide20 !

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